5 Questions à – Solange Apko et Doriane Tchamanbe, Africa Network Campaign on Education For All

Posted by: on Jul 17, 2019 | No Comments

Cette année, le Forum Politique de Haut Niveau pour le Développement Durable  (9-19 juillet) fait l’examen des progrès accomplis vers l’atteinte de l’Objectif de Développement Durable (ODD) 4 sur l’éducation inclusive et de qualité.

ANCEFA coordonne et promeut l’engagement de la société civile africaine dans la campagne mondiale pour une éducation Inclusive de Qualité. ANCEFA est un partenaire de HI, et en collaboration avec la Fédération Ouest Africaine des Personnes Handicapées, ils sont impliqués dans les projets régionaux d’éducation inclusive en Afrique de l’Ouest, soutenus par NORAD, AFD et EAC.

HI a ainsi facilité la participation de deux représentantes d’ANCEFA au Forum Politique de Haut Niveau à New York : Solange Akpo (Capacity Building Manager) et Doriane Tchamanbe (Education Programme Officer). A noter que la participation du représentant de la FOAPH n’a pas pu aboutir faute d’obtention de visa pour les Etats-Unis.

Quelles sont les défis majeurs relatifs à l’accès à l’éducation auxquels vous êtes confrontés en Afrique?  Que demandez-vous aux gouvernements ?

Solange : En Afrique, des progrès sont faits en matière d’accès mais il reste des problèmes particulièrement en zones rurales et dans les quartiers pauvres des zones urbaines. Dans les zones rurales et les quartiers, on trouve peu d’écoles construites et bien équipées pour accueillir les enfants, avec des enseignants formés. La question est d’autant plus pressante lorsqu’il s’agit d’enfants handicapés car les infrastructures ne sont pas toujours adaptées. De plus, les familles vivent dans des conditions de pauvreté qui font qu’elles ne disposent pas des moyens nécessaires pour accompagner la scolarité de leur enfant handicapé. Cela vient s’ajouter à l’absence de système de sécurité sociale, qui pourrait permettre d’accompagner ces enfants, dans plusieurs pays africains.

Doriane Tchamanbe, ANCEFA, at the HLPF 2019

Doriane Tchamanbe, ANCEFA, at the HLPF 2019

Doriane : Un autre défi tient à l’insuffisance du budget alloué au secteur de l’éducation d’une part et d’autre part  des difficultés liées à la répartition des fonds  qui ne permet pas de faire en sorte que toutes les personnes hors du système scolaire puissent être prises en charge. Autre difficulté est l’absence de statistiques désagrégées. Sans ces données, l’Etat a plus  de mal à toucher les couches marginalisées, les personnes vulnérables et répondre à leurs besoins. Un autre défi émergent est l’insécurité dans le Sahel, et donc dans les pays où nous intervenons. Suite à cette crise sécuritaire, les gouvernements préfèrent allouer des fonds à la sécurité plutôt qu’à l’éducation. Dans ces conditions, les écoles ferment et les enfants ratent leur année scolaire, ce qui retarde une fois de plus l’atteinte des objectifs dont l’ODD4  fixés pour l’horizon 2030.

Que retenez-vous des échanges auxquels vous avez assistés ici, aux Nations Unies, lors de l’examen de l’ODD4 ?  Les discussions ici reflètent-elles la réalité des défis en Afrique ? 

Doriane : Nous avons eu l’opportunité d’assister à l’examen de l’ODD4 et plusieurs pays d’Afrique ont présenté la situation dans leur pays. La situation de l’Afrique dans son ensemble n’a pas pu être présentée en détail comme cela avait été fait au 5ème Forum régional africain sur le développement durable, auquel ANCEFA a participé en avril à Marrakech. Lors de ce Forum, les présentations avaient démontré le retard pris dans la mise en œuvre de l’ODD4 et que l’Afrique est loin d’atteindre les objectifs pour 2030. Les résultats présentés sont alarmants et beaucoup d’efforts doivent être faits. L’accès à l’éducation n’est pas garanti pour tous, notamment pour les personnes les plus pauvres ; par manque d’enseignants formés en nombre suffisant, la qualité des apprentissages est basse.et l’éducation n’est pas gratuite comme indiqué dans les cibles et indicateurs de l’ODD4 et comme le proclame la plus part des Etats dans leurs discours.

Solange : Dans leurs interventions au cours de la revue de l’ODD4, les pays africains ont surtout mis en avant leurs efforts et réalisations  afin d’atteindre les ODDs sans vraiment souligner les défis qu’ils rencontrent. Or globalement, on sait que ces pays ne sont pas sur la bonne voie pour atteindre l’ODD4 et c’est une situation d’urgence qui devrait interpeller les décideurs politiques en charge du secteur de l’éducation. Il est urgent qu’il y ait une mobilisation globale des gouvernements, des partenaires et de la société civile afin d’avancer ensemble.

ANCEFA a contribué à de nombreux examens nationaux volontaires (VNR). Vous avez participé au Forum Régional africain sur le DD (un side-event a été organisé en partenariat avec la FOAPH et HI). Vous êtes ici maintenant au Forum global. En quoi avoir un ODD4 est-il intéressant dans votre travail ? Qu’attendez-vous de ces processus  politiques liés aux ODD ? Quel rôle peut y jouer la société civile ?

Solange : L’intérêt de cet ODD4, c’est d’avoir un cadre avec des cibles claires et des indicateurs qui peuvent être mesurés à échéance régulière. Atteindre cet objectif participe aussi à réaliser d’autres ODD tels que la réduction des inégalités,  la pauvreté, la lutte contre le changement climatique et la croissance (etc…). L’éducation joue un rôle important dans tous ces domaines et le HLPF  nous permet de mesurer les progrès accomplis par les Etats. C’est  un évènement important d’autant plus que les représentants des gouvernements présentent leurs rapports et doivent saisir l’occasion d’apprendre les uns des autres. Les Etats en retard peuvent s’inspirer des champions dans le domaine et voir les possibilités d’amélioration. Outre les débats thématiques globaux, à travers les processus des Examens Nationaux Volontaires (VNR), la société civile a la possibilité de poser des questions sur des aspects qui ne fonctionnent pas et pointer où mettre les efforts nécessaires.

Doriane : Ce sont des espaces comme ceux-ci qui permettent à la société civile d’apprendre les uns des autres. C’est notre première participation au HLPF et cela a été un bon espace d’apprentissage. Nous pourrons appliquer ces nouvelles connaissances sur le terrain afin de mieux nous impliquer en tant que société civile pour de futures participations. Les échanges ont été enrichissants, nous avons eu l’occasion de rencontrer des personnes et nous faire des contacts. Pour les prochaines années, nous serons mieux mobilisées et nous pourrons si possible organiser un évènement propre à nous.

Quelles sont les prochains rendez-vous pour  ANCEFA et la CGE (Coalition Mondiale Education), dans les prochains mois ? 

Solange Apko, ANCEFA, at the HLPF 2019

Solange Apko, ANCEFA, at the HLPF 2019

Solange : ANCEFA tiendra son forum politique annuel sur les politiques éducatives  en septembre. Ce forum est aussi un espace d’apprentissage et de partage où les coalitions viennent présenter leurs succès en matière de plaidoyer, comprendre l’évolution des politiques éducatives au niveau du continent et s’informer des évolutions au niveau international. Nous sommes aussi en train de clôturer un projet majeur ‘le Fonds de la Société Civile pour l’Education’ une initiative de la CME financée par le Partenariat Mondiale pour l’Education. Un nouveau mécanisme d’appui à la société civile , ‘le plaidoyer pour la responsabilité sociale’ va être mis en place, nous devons donc renforcer les coalitions pour qu’elles puissent mieux s’insérer dans le nouveau dispositif afin qu’elles puissent être capables de continuer le travail de plaidoyer.

Que vous apporte le partenariat avec HI ? Et qu’en attendez-vous de nous ?

 Solange : Le partenariat avec HI est à saluer et nous permet de mieux comprendre les contours de l’éducation inclusive pour les personnes handicapées ; un domaine que nous ne maitrisions pas avant. Nous avons eu des séances de renforcement de capacités pour es coalitions  et le personnel d’ANCEFA. Nous sommes mieux armés dans ce domaine et dans la connaissance de la CIDPH.

Doriane : C’est un partenariat qui permet à ANCEFA de grandir, nous avons une meilleure connaissance de l’éducation inclusive, de la CIDPH et des enjeux de la participation et de l’inclusion des personnes handicapées. Cela nous a aussi permis de travailler avec la Fédération Ouest Africaine des Personnes Handicapées avec qui nous menons aujourd’hui un plaidoyer commun avec HI. Nous avons aussi pu organiser et participer à des évènements comme celui-ci. Sans l’appui d’HI, nous n’aurions pas eu l’opportunité de participer au HLPF et d’organiser l’évènement régional au 5ème Forum Africain qui a eu lieu à Marrakech.  C’est aussi un partenariat qui permet d’améliorer la visibilité d’ANCEFA – nous avons en effet pu développer un certain nombre de matériels de plaidoyer.

C’est aussi un partenariat qui nous permet d’être connectés à d’autres partenaires impliqués dans la réalisation d’une éducation inclusive ; nous avons ainsi pu rencontrer divers acteurs qui partagent leurs expériences dans le domaine.

 


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