5 QUESTIONS au Dr Amakoé Adoléhoumé sur la Sécurité Routière en Afrique

Posted by: on Nov 27, 2017 | No Comments

Les 26, 27 et 28 octobre 2017, Handicap International était présent au Forum Africain pour la Sécurité Routière (FASeR) à Ouagadougou, Burkina Faso.

Le FASeR est  un événement international visant à favoriser le partage d’expériences et à faire émerger des réponses adaptées aux défis des accidents de la route en Afrique de l’Ouest et Centrale.  A cette occasion, Dr Amakoé P. ADOLEHOUME, délégué général de la Solidarité internationale sur les transports et la recherche en Afrique Sub-Saharienne (SITRASS) et membre du consortium Safer Africa, dans lequel Handicap International est également partenaire, nous livre son analyse des enjeux de la sécurité routière en Afrique et sa réflexion sur les relations entre les pays d’Afrique et Union Européenne dans ce domaine.


Dr. Amakoé ADOLEHOUME

Diplômé en Sciences politiques et docteur en économie des transports, Amakoé P. Adoléhoumé est délégué général  de la SITRASS – Solidarité Internationale sur les transports et la recherche en Afrique Sub-Saharienne. Il est aussi chercheur au Laboratoire Aménagement Economies et Transports et membre du consortium Safer Africa.

 

 


 

Quels sont les défis principaux à la définition des stratégies nationales de la sécurité routière dans les pays d’Afrique?

Dr Amakoé P. ADOLEHOUME : Lors du FASeR nous avons vu que des pays sont avancés en matière de mesures pour renforcer la sécurité routière mais qu’ils n’ont pas de cadre politique spécifique. D’autres ont des politiques mais ne les mettent pas en œuvre.
Il est primordial que les pays africains définissent une politique de sécurité routière à laquelle sont joints une stratégie et un plan d’action de sécurité routière. Ce plan d’action de sécurité routière devra être décliné à court, moyen et long terme avec des activités qui seront hiérarchisées. Tous les pays devraient pouvoir mettre en place ce type de dispositif.
C’est ce que préconisent l’Organisation Mondiale de la Santé et l’Union Africaine.

Il a souvent été entendu au FASER que la sécurité routière n’est pas une affaire individuelle mais un sujet éminemment politique, qu’en pensez-vous ?

On ne peut pas traiter la sécurité routière dans nos pays africains en laissant de côté la puissance publique. Elle doit être au centre de ce processus, surtout pour les pays qui n’ont pas encore entrepris de politique de sécurité routière. C’est là qu’est son rôle. Elle doit définir cette politique de sécurité routière, avec l’ensemble des autres acteurs.

Quel rôle les partenaires techniques et financiers jouent-ils dans l’accompagnement de l’amélioration des politiques et des pratiques en matière de sécurité routière ?

En matière de sécurité routière, nous avons besoin des partenaires techniques et financiers. Ils viennent en appui aux politiques définies par les Etats et ils les appuient à définir ces politiques. La Banque Mondiale, avec le programme SSATP, a aidé les pays africains à définir des politiques de transport et de sécurité routière.
En termes de financement, les partenaires ne sont pas encore au rendez-vous aujourd’hui. J’entends souvent dire que la sécurité routière est un sujet prioritaire et important mais malheureusement les types de financement mis en place ne sont pas suffisants. Il faudra que cela change.
Dans le Protocole de l’Union Africaine, il est écrit qu’il faut que chaque pays consacre 10% du montant des travaux routiers à la sécurité routière. La plupart des pays n’en consacrent même pas 1%. Si la sécurité est bien considérée comme importante, il faut mobiliser les financements adéquats.

Quel rôle la société civile peut-elle jouer dans l’amélioration des politiques et des pratiques ?

La place de la société civile est très importante en ce sens qu’elle peut orienter, sensibiliser et influencer les pouvoirs publics. S’il y a une léthargie au niveau de la puissance publique, la société civile est présente pour lui donner des orientations et des éléments d’analyse.
Il y a toujours des difficultés et des obstacles. Cependant, je vois que dans les différents pays, la société civile commence à se montrer de plus en plus et la puissance publique commence à reconnaître sa place légitime. Ce n’est pas suffisant mais c’est un début positif.

Avec le projet Safer Africa, l’Union européenne s’engage avec les pays Africains dans un dialogue sur l’amélioration de la sécurité routière. Dans la perspective de la prochaine révision de la stratégie Afrique-Union Européenne en 2020, quels seraient les points d’amélioration à apporter pour consacrer plus d’attention à la thématique de la sécurité routière ?

Il n’y a malheureusement pas de dispositions particulières sur la sécurité routière dans la stratégie Afrique-Union Européenne en vigueur. Safer Africa, financé par l’Union Européenne, est une plateforme de dialogue entre l’Afrique et l’Europe en matière de gestion de la sécurité routière. Elle concerne surtout des experts et des chercheurs africains et européens qui souhaitent travailler ensemble. La recherche est importante afin de mettre le doigt sur les problèmes rencontrés sur le terrain, de les analyser et de les expliquer ensuite. La recherche a sa place dans l’éclairage et la sensibilisation des acteurs ; elle est fondamentale. La  plateforme Safer Africa a un rôle d’information, de dialogue et d’incitation à prendre en charge la sécurité routière. Elle n’a pas pour rôle de définir des politiques de sécurité routière mais plutôt de donner les clés aux Etats concernant le sujet de la sécurité routière.

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Vous pouvez également lire l’article sur le FASeR ici.