FOCUS ON – Journée mondiale du souvenir des victimes de la route : focus sur le Burkina Faso.

Posted by: on Nov 19, 2017 | No Comments

Aujourd’hui a lieu la Journée mondiale du souvenir des victimes de la route. A cette occasion, nous avons souhaité mettre l’accent sur les difficultés d’accès à la rééducation fonctionnelle pour les victimes.

En Afrique, les accidents de la circulation représentent la première cause de mortalité des jeunes âgés de 15 à 29 ans et la cinquième cause pour l’ensemble de la population. C’est aussi une cause importante d’incapacité temporaire ou définitive pour un grand nombre de victimes d’accidents. Les actions visant à réduire ou à prévenir ces accidents restent peu nombreuses et les études sur l’évaluation des accidents et de leurs conséquences sur la santé sont rares.

L’Institut de Recherche pour le Développement, Handicap International et la Chaire REALISME ont mené conjointement une étude à Ouagadougou, afin d’évaluer le nombre d’accidents de la route, le nombre de victimes et de blessés ainsi que leur état de santé depuis leur admission à l’hôpital jusqu’à une année après l’accident.

Les conséquences des accidents de la route sont durables et coûteuses.

Parmi l’échantillon interrogé, le coût des soins pendant l’année qui a suivi l’accident a été de 400 000 FCFA en moyenne, une dépense catastrophique de santé pour la grande majorité des foyers burkinabé.

Un an après leur accident, 8% des patients utilisent encore des béquilles pour se déplacer et 13% des personnes interrogées expriment un besoin en rééducation depuis l’accident mais elles affirment également avoir des difficultés financières pour y accéder.

Les patients sont amenés à renoncer aux soins ou à cesser la rééducation, soit car ils ne souhaitent pas se faire soigner dans le système de santé public, qu’ils jugent de mauvaise qualité, soit en raison du coût des soins.

«Je faisais ma rééducation au centre qui est à côté de la cathédrale, mais j’ai laissé parce que ce sont des dépenses. Vraiment si tu n’as pas les moyens pour pouvoir suivre parce que la séance coûte 5 000 FCFA. Je faisais 3 séances par semaine j’ai vu que les moyens me manquent ; c’est pourquoi j’ai laissé ça pour le moment. Donc je s’essaie de faire moi-même à la maison avec ceux qui sont avec moi.»

(Honorine, employée d’un hôtel, 30 ans, célibataire)

Les besoins en rééducation fonctionnelle sont ainsi importants, mais l’offre est faible et coûteuse pour les plus démunis. Les soins de réadaptation sont peu pris en compte dans le système de santé, et ne sont pas intégrés dans le paquet minimum d’activités des formations sanitaires. Au-delà du coût élevé des séances de kinésithérapie, la disponibilité des personnels qualifiés et l’accessibilité géographique constituent des difficultés d’accès supplémentaires.

L’accès à des prothèses ou aux soins réadaptatifs est également très inégal. Le Burkina Faso possède peu de centre d’appareillage et de réadaptation au niveau national, et les personnels soignants incitent peu les patients à avoir recours aux soins réadaptatifs. En 2014, une analyse du ministère de la santé (ministère de la santé du Burkina, 2016) montre que seulement 2% des besoins en appareillage et 4% de kinésithérapie sont satisfaits faute de personnel et de structures.

«Le patron avait dit qu’il va s’occuper de la prothèse. Il m’avait fait envoyer les factures pro-forma, mais jusque-là il n’a toujours rien dit. Les 300 000 FCFA, c’est la prothèse et les 10 000 FCFA c’est la chaussure: j’ai besoin d’aide pour la prothèse ; j’ai réellement besoin d’aide. Je ne peux pas dire de me donner de l’argent pour que je bouffe ; mais je préfère demander de l’emploi, pour essayer de m’en sortir.»

(Saydou, 32 ans, employé d’entreprise, amputé de la jambe et père de deux enfants)

Le circuit de la réparation juridique est compliqué et inéquitable

Parmi les personnes interrogées, 21% n’ont pas terminé la procédure judiciaire de leur accident, un an après celui-ci. La réparation juridique est pourtant cruciale car elle permet de prendre en charge l’ensemble des soins et contribue aux dépenses du ménage, en particulier pour les patients qui ont besoin de rééducation ou de prothèse. Mais les étapes de la réparation juridique sont nombreuses et longues. Elle débute avec la confrontation au commissariat et se poursuit parfois au tribunal. Toute la population n’a pas la même connaissance et l’aide nécessaire pour faire valoir ses droits.

«On a rempli tous les formulaires de police et on est allé déposer mais jusque là on n’a pas été rappelé. J’ai quelqu’un qui s’en occupe. Il a dit que comme ceux de la justice ne travaillent pas d’abord, jusque là il n’y a pas de suite. Il a dit que le juge chargé du dossier a dit de se calmer et d’attendre que les activités reprennent correctement.»

(Issiaka, 32 ans)

Les recommandations de l’étude

L’IRD, Handicap International et la Chaire REALISME ont identifié des recommandations clefs afin de faciliter l’accès à la rééducation fonctionnelle pour les victimes d’accidents de la route au Burkina Faso :

  • Augmenter le nombre de services de réadaptation,
  • Assurer la formation des professionnels de la réadaptation,
  • Intégrer les soins réadaptatifs dans les paquets minimum d’activités des formations sanitaires,
  • Réduire les coûts des soins pour tous et assurer l’exemption du paiement pour les plus démunis,
  • Développer une assistance juridique pour permettre aux victimes de faire valoir leurs droits.

 


A propos de l’étude :

Une recherche menée en 2015 a permis d’évaluer le nombre d’accidents et de blessés ainsi que leur état de santé juste après l’accident ainsi que sept jours et trente jours après avoir été soignés au Centre Hospitalier Universitaire Yalgado Ouedraogo. 1843 victimes d’accidents ont été suivies, dont 38 sont décédées (Bonnet et al., 2015).

En 2016, cette recherche a été complétée par une enquête auprès des 443 victimes d’accident de la route qui présentaient des incapacités à réaliser une tâche du quotidien, 30 jours après leur accident. Nous avons également rencontré 14 personnes pour mieux comprendre leur parcours de soins, les coûts et l’évolution judiciaire de l’accident.

Auteurs : Emmanuel Bonnet, Clément Bagnoa, Philippe Allard, Eric Remacle, Georges Rouamba, Valéry Ridde.