RETOUR SUR – Sur le chemin de la paix en Colombie… l’histoire n’est pas terminée.

Posted by: on Nov 16, 2015 | No Comments

La Colombie est en train de vivre un tournant de son histoire à travers les récentes avancées des pourparlers de paix de la Havane. Néanmoins, le pays présente une situation complexe et reste l’un des plus minés au monde, avec encore plus de six millions de personnes déplacées.

 


 

Le 24 septembre 2015, suite à une poignée de main historique échangée entre le président colombien Santos et Timoleon Jimenez, le dirigeant des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie), les médias relayaient une « avancée décisive » dans le cadre des négociations de paix se déroulant depuis près de trois ans à La Havane (Cuba). La Fondation Handicap International a rencontré des représentants de communautés indigènes sur place pour connaître leur vision sur ces perspectives d’avenir.

L’accès aux terres et leur exploitation est un enjeu au cœur du conflit colombien depuis ses prémisses, et son pendant, la restitution des terres, au centre des pourparlers en cours. Depuis le début du conflit, de nombreux Colombiens ont été forcés de quitter leurs terres. Selon l’International Displacement Monitoring Centre, plus de 6 millions de Colombiens étaient déplacés par le conflit en décembre 2014, plaçant ainsi le pays en seconde position mondiale après la Syrie.

Aujourd’hui, en dépit des négociations politiques menées à La Havane, les communautés indigènes constatent localement un resserrement des pressions s’exerçant sur les terres, disputées historiquement par de nombreux acteurs : non seulement l’Etat, les FARC et l’ELN (L’Armée de Libération Nationale) mais aussi des paramilitaires et des groupes armés émergents dont les motivations, de nature économique, visent un contrôle territorial afin de mettre en œuvre toutes les étapes de production et de trafic de drogue en toute quiétude. A cela s’ajoute l’emprise de compagnies privées nationales ou internationales travaillant dans le domaine de l’extraction minière et tenues jusqu’alors plutôt à l’écart par les groupes armés et les conditions sécuritaires. Or il est à noter que les accords obtenus à La Havane n’impliquent que le gouvernement et les FARC.

Personnes récemment déplacées par le conflit, dans la localité de Amburra en Colombie. © Amandine Rave / Handicap International

Personnes récemment déplacées par le conflit, dans la localité de Amburra en Colombie. © Amandine Rave / Handicap International

En conséquence, l’inquiétude des communautés indigènes, mais aussi des paysans, quant au devenir de leurs terres, leurs droits à y vivre et à les exploiter grandit à mesure que les dynamiques du conflit se trouvent bouleversées sur le plan politique. En effet, dans les zones reculées où l’Etat n’est pas en mesure d’assurer son autorité mais où un équilibre local avait parfois pu être trouvé avec les différents acteurs en présence, les communautés locales redoutent l’éclatement de nouvelles poches de violence alimentées par les acteurs non parties aux processus de paix en cours ou par d’éventuels dissidents. En raison des forts enjeux économiques liés à la culture de plantations illégales mais aussi à la richesse des sols en ressources naturelles, les communautés indigènes et les paysans pourraient ainsi se voir à nouveau privés de la jouissance de leurs terres.

Dans ce contexte incertain, la problématique du déminage humanitaire des terres reste un enjeu de taille. La Colombie demeure l’un des pays les plus minés au monde, affichant le nombre le plus important de victimes après l’Afghanistan. Si les pourparlers de La Havane ont permis de sceller un accord entre les parties permettant de lancer des opérations de « déminage humanitaire » qui devraient s’étendre au moins jusqu’en 2021, le sujet sur le terrain reste sensible, notamment dans un contexte où les mines sont aussi parfois utilisées pour protéger les territoires.

La conclusion d’un accord de paix final est attendue avec impatience par la communauté internationale, qui y voit la fin tant attendue d’un demi-siècle de conflit armé interne. Si on peut espérer que les récentes avancées de la Havane amènent effectivement les perspectives de paix plus près que jamais sur le plan politique, leur traduction dans le quotidien des populations civiles reste à construire et nécessitera un engagement marqué de la part de la communauté internationale au cours des prochaines années. L’histoire n’est pas terminée.